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 Dysfunctional Family [ Wëlina ]

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Nero S.H. Uffingham
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MessageSujet: Dysfunctional Family [ Wëlina ]   Ven 30 Nov 2012 - 4:00

Y’a rien de pire que les dossiers pas clairs.
Celui dont j’ai hérité en fait partie. C’est un grand bordel. Un immense bordel, et si celui qui me l’a abandonné ne faisait pas partie aux yeux de Baxter comme intégrant les sommités de l’institution, je ne pense pas que je me serais gêné pour lui faire remarquer qu’on ne lègue pas décemment un dossier dans un état pareil après quarante ans dans le métier. Pourtant, j’avais dû fermer ma gueule, et c’est d’un regard mauvais que je considérais chaque fois ce tas de dossiers qui s’empilaient dans une anarchie capable de provoquer une crise d’épilepsie chez un maniaque du premier ordre. Néanmoins, n’étant pas moi-même un adepte du rangement par ordre alphabétique des aliments dans un frigo, je pouvais passer outre suffisamment longtemps pour tenter d’y voir un peu plus clair. Je m’y étais attelé une après-midi d’ennui. Les bureaux étaient calmes, les clients ne sollicitaient pas le téléphone toutes les cinq minutes : le moment idéal. Rapidement, d’un œil qui devenait de plus en plus affûté dans l’analyse de ces papiers, je soupirais en parcourant en diagonale les noms de la famille en question. Hargreaves.

Naturellement, quand on change d’avocat, c’est comme un changement de toubib. C’est important. D’autant plus pour les familles aussi friquées que celle que j’ai désormais à prendre en charge. Une sacrée famille, bien que je n’ai guère pu tout démêler parmi les bribes d’informations récoltées par-ci par-là dans le dossier. Cette première réunion avait donc été prévue dans le but de faire connaissance, d’établir les objectifs, la ligne de conduite choisie par mes nouveaux clients. Un entretien de courtoisie en somme, qui me changeait agréablement de l’ordinaire. A peine arrivés, nous avions convenus d’une deuxième date afin de clarifier les béances d’un dossier bien léger compte tenu du background du couple qui s’était présenté. Comme si l’on avait délibérément omis de présenter telle ou telle pièce. Si ce point-là m’avait alerté, je n’avais guère manifesté autre chose qu’une surprise polie, fort heureusement pour moi avortée par Baxter, qui souhaitait saluer Monsieur en personne. Que voulez-vous. Un bon pigeon, quand on l’a, on le garde. Je m’étais ainsi résigné. Une prochaine fois, nous discuterions lui et moi entre quatre yeux, afin d’être certain de mon côté qu’il n’y aurait pas de complications indésirables. Ainsi, pendant que Monsieur était allé causer du départ de mon prédécesseur, Madame s’était fait un plaisir de demeurer dans mon bureau sous un prétexte foireux. N’ayant pas l’intention de la mettre à la porte et sachant assurer le service après-vente, je m’étais contenté d’arborer les traditionnels sourires « colgate » ainsi qu’une conversation aussi creuse que la vasque d’un évier. Plutôt bien conservée pour son âge, la Hargreaves n’avait pas à sourire des pattes d’oie qui se dessinaient naturellement au coin de ses paupières. C’était une belle femme. Et une belle femme apparemment décidée à se jeter sur de la viande fraîche dès que l’occasion le lui permettait. Pas sûr que le mari se réjouisse de constater que le courant passait aussi bien avec son épouse caqueteuse. C’était la première fois que l’on me draguait aussi insolemment alors que le conjoint était resté dans le coin. N’étant pas à ça près, je m’étais contenté de décliner avec autant d’élégance que possible la proposition malhonnête, trop heureux de les voir enfin déguerpir sous d’autres cieux une fois les rappels effectués. Qui sait, le laps de temps entre ce jour et la prochaine réunion me permettrait peut-être de découvrir par mon propre chef des éléments qui m’avaient échappés la première fois.

Mais je ne pouvais savoir que la prochaine réunion ne viendrait jamais.

~

La mort des Hargreaves changeait la donne. Il ne restait plus que leur fils, déshérité et ne figurant pas sur la liste prioritaire, devancé par une fille. Une fille adoptive. Encore. Le couple s’était peu attardée sur leurs enfants, et pour être honnête, j’étais bien trop occupé à fouiner dans les affaires de la Demitryé pour m’investir également dans les affaires un peu vaseuse de ces deux-là. Chaque chose en son temps, d’autant plus que de leur vivant, j’avais encore moins de raison de satisfaire ma curiosité. Déjà parce qu’hormis la tentative de drague frauduleuse, je n’avais rien à leur reprocher contrairement à d’autres, et parce que je manquais de temps. Je m’étais attelé aux affres de la Miss Hécation, et me disperser n’était pas exactement ce que je recherchais. Même les conséquences du double décès n’étaient pas en ma possession : je l’avais appris directement de la bouche de Baxter. Et pris dans le tourbillon du boulot, dans les procès qui se bousculaient, dans mes recherches personnelles et mes déplacements à Sudri, je n’avais pas encore eu le temps de me pencher sur cette question franchement nébuleuse. Fouiller dans les rubriques nécro pour des gens que je connaissais à peine n’était pas assez tentant pour que je m’y colle durablement. Il faudrait donc compléter ce à quoi les parents n’avaient pu répondre par le biais de la fille. Une dénommée Wëlina. Pas de photographie. Elle pouvait ressembler à n’importe quoi. Là encore, j’étais tombé des nues. Cadré, j’aimais toujours apposer à mes fiches clients une image qui rendait d’autant plus palpable la personne que l’on avait à défendre, à protéger. A ramener dans des sentiers moins dangereux, sur une autre voie que celle de la perdition. A chacun ses méthodes de travail. Mais j’avais bien du mal à m’adapter à des règles aussi laxistes qui révélaient davantage la lassitude d’un homme en fin de parcours que le sérieux dont on prétendait qu’il avait fait preuve toute sa vie. Tant pis. Je constaterais sur place le minois de l’orpheline.
Un appel vocal s’était ainsi imposé, et une voix frêle m’avait répondu. Selon ce dont je disposais, elle avait vingt-deux ans. Ne manifestant visiblement pas l’envie de se rendre d’elle-même au COS malgré ma demande de convocation, l’échange avait été bref mais suffisamment clair pour que je comprenne que ce serait à moi de me déplacer dans la demeure des feu Hargreaves. Je n’avais pas insisté, préférant converser avec la demoiselle de visu, et celle-ci avait choisi une nouvelle date pour l'entretien. Pourtant, d’avance, j’étais inquiet. Cela ne faisait que cinq jours que le deuil avait pris corps, et cependant, cela n’avait pas l’air de la déranger outre mesure. J’aurais pensé qu’au moins deux semaines se seraient écoulées, le temps pour elle de comprendre, de réaliser le sentiment de la perte. A moins que les rapports familiaux soient aussi simples et agréables que dans mon propre foyer natal.

Vers quinze heures, je franchis les grilles qui protégeaient l’enceinte.
Le décor correspondait largement aux valeurs que dégageaient les défunts. Un couple fier de sa réussite, parfaitement intégré à l’intelligensia de Nordri, et de préférence prompt à arborer leurs Wyrds. Les clients types du COS. Un peu nerveux, je sortis de mon véhicule et récupérai mes affaires. Trop de vide. Trop de creux. Je n’étais pas encore très coutumier de ces rendez-vous pris aux derniers moments, au hasard qui venait parfois bousculer les conventions. Baxter avait refoulé mes inquiétudes : cela me ferait du bien de sortir des sentiers battus, et l’expérience serait bénéfique, me poussant à m’adapter rapidement à ce genre de situations totalement impromptues. Un peu déstabilisant, quand on vit en permanence avec son agenda à la cheville, et des informations prises à bras-le-corps sur tous ceux qui vous côtoyaient dans votre vie professionnelle.

Grimpant lestement les marches du perron, je ne doutai pas que Wëlina soit déjà au fait de mon arrivée. Ce qui ne m’empêcha pas de sonner décemment, attendant patiemment qu’elle vienne m’ouvrir, en profitant pour rajuster mon nœud de cravate et réaffirmer ma prise sur mon attaché-case.
Et une prise de tête en plus … Une.


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Wëlina Trinity

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MessageSujet: Re: Dysfunctional Family [ Wëlina ]   Lun 3 Déc 2012 - 11:35

Je m'attendais à hériter des wyrds, des résidences secondaires, de cette villa, des entreprises de mon très cher père adoptifs et des actions de sa femme, je m'étais préparé aux condoléances, à écouter des gens méprisables m'offrir un réconfort hypocrite en vantant des qualités inexistantes et le respect froid qu'ils vouaient à mes parents, oui, j'étais prête à jouer le jeu, prête à tout supporter, à tout encaisser....
Je pensais m'être préparé à tout... Mais visiblement j'avais tort. Et le tas de papier traînant sur ce qui fut le bureau de Mr Hargreaves est là pour me le rappeler.
Je déteste la paperasse. Tous ces dossiers à lire, à approuver, à supprimer, à signer, à envoyer, à classer, c'est à devenir FOLLE !

- Pause.


Je referme l'écran blafarde de l'ordinateur, repousse un paquet de feuille, quitte le fauteuil en cuir et ouvre les rideaux en gros, laissant le soleil éclairé la pièce. Voilà qui est mieux. Je ne suis pas une enfant de la ville, je ne me complaît pas dans l'étroitesse d'un bureau froid avec pour seul compagnie un téléphone portable et un pc. J'ai besoin d'air. Besoin d'oxygène, d'espace et de nature...
Et surtout, surtout j'ai besoin d'elles.
Un sourire passe sur mes lèvres alors que j'observe la serre bien visible depuis la baie vitrée. En journée, elles se tapissent dans ce lieu et s'y confinent, jusqu'à la tombée de la nuit. Une fois les employés parties, une fois l'obscurité bien installée, cet endroit devient le leurs. Elles glissent, rampent, s'insinuent partout, et deviennent maîtresse des lieux. Leurs présences m'est vitale, et à travers mon don elles s'expriment. Même d'ici, je les entends, leur chant accompagne chacun de mes jours. Une mélopée enivrante qui me rappelle à tout moment que je ne suis pas seule. Y compris parmi les Hommes, y compris dans un Quadra que je rêve de voir s'autodétruire...

J'ouvre la fenêtre, tendant la main vers l'arbre qui me fait face, doucement, sa branche finit par s'étendre jusqu'à ce que mes pieds s'y posent. Un pas puis un autre, et je me pose contre le tronc, refermant les yeux. Là je respire. Là je suis complète. Je fais corps avec lui, mon cœur battant à l'unisson avec son chant...
Une bouffée d'air frais dans un monde pollué.
Je ne vais pas me mentir, depuis l’assassinat de mes parents savamment organisé, je me plains à être ici. Je suis le loup dans la bergerie. La gangrène qui s'installe, ronge et s'insinue petit à petit dans un corps qui se veut sain. Et petits cons que vous êtes, vous m’accueillez à bras ouverts ne vous fiant qu'à mon visage angélique et mes airs de poupées naïves. Vous me voyez stupides, sans cervelle, bonne qu'à rire à quelques blagues salaces ou à pleurer devant ignominie de la mort brutale de parents que je suis censé aduler. Une parfaite petite Vane, qui fera une épouse idéal, de part sa fortune, son nom et de son caractère maniable.
Une poule. Une conne. Un rôle. Un rôle parfait que je joue à la perfection, une seconde peau qui me sied à merveille, et me permet d'être déjà invité à de futurs réjouissances auxquelles je pourrai me joindre que lorsque ma période de deuil officiel se sera terminer. Une semaine, quinze jours, un mois...
Qu'importe, je me plie à cette règle de bonne grâce, sachant que tout commencera réellement lorsque je me retrouverai propulser parmi eux.
Une brise légère, et quelques feuilles tombantes viennent effleurer ma joue. Une caresses réconfortante, qui me conforte dans mes choix.

- Mademoiselle, Mr Uffingham vient d'arriver...

Bah tiens, je l'avais oublié lui... Encore un gratte papier de mes parents adoptifs à rencontrer, encore des questions auxquelles répondre, des larmes à verser sur des connards qui n'en méritaient pas une seule. La seule chose que c'est deux là on fait dans leur vie, c'est bien Néo, et ils ont trouvés le moyen de le mettre à la porte...
Soupire. Je pose mes yeux sur le majordome au pied de l'arbre.

- Fait le entrer dans le petit salon, j'arrive.

- Bien, mademoiselle.

Il s'éclipse, sourire fin sur son visage ridé. Newton. Je ne pensais pas le voir encore entre ses murs lorsque je suis revenu. Mais il était là. Fidèle au poste. Il m'a accueilli, comme si j'étais partie hier. Comme si je revenais d'une de mes escapades d'adolescente, une tasse de chocolat dans une main, les clés de la maison dans l'autre. Il sait ce que je suis, il sait ce que j'ai vécu, et je me doute bien qu'il cache encore bien des secrets, des bruits de couloir, des murmures entendus tout au long de ses années de service.
Une mine d'or.
Je m'étire longuement, avant de descendre de l'arbre, adossant peu à peu le costume de Wëlina Hagreaves, jeune femme naïve, propulsée bien trop tôt à la tête d'une fortune colossale.
Petit détour dans la salle de bain pour rattacher mes cheveux et me redonner une certaine convenance, rien de bien extravagant. Une robe sombre, des ballerines noires, et un maquillage léger, qui sied à une demoiselle en deuil. Voilà, le tour est joué, qu'on expédie ça au plus vite.

Quand je regagne le petit salon, Newton à déjà conduit notre invité devant une tasse de café brûlante. Un sourire léger sur les lèvres, je détaille avec toute la politesse de ce monde l'avocat des défunts... Le mien à présent, en tout cas je suppose. Il ne serait pas là, sinon.
Jeune.
Ce n'est pas son nom qui était cité lorsque j'étais enfant. Je ne sais pas grand chose de lui, si ce n'est ce que j'ai pu en lire dans quelques dossiers, j'ai besoin d'avoir une opinion de lui.
Une opinion faîte de cette conversation et des non dits qui en ressortiront.

- Mr Uffingham, je suis ravie de faire enfin votre connaissance.


Une poignée de main polie en guise de bonjours, un sourire timide et je m'installe à l'autre bout de la table.

- Avant de commencer, je tenais à m'excusez pour cette entretien un peu... Cavalier.


Mais il était hors de question que je me retrouve dans un putain de tour, enfermée dans un putain de bureau, à contempler le bitume à travers une fenêtre pour parler affaire.

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Nero S.H. Uffingham
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MessageSujet: Re: Dysfunctional Family [ Wëlina ]   Ven 7 Déc 2012 - 23:03

On ne me fait pas patienter bien longtemps, et c’est un homme qui n’est déjà plus tout jeune qui m’ouvre. Des domestiques ? La dernière fois que j’ai vu ça, c’était chez Amparo Torres. Mais il s'agissait d'une Norne… Pas une gamine qui vient juste d’hériter de la fortune familiale. Toutefois, je conserve un maintien irréprochable, me contentant d’égrener ces remarques dans le silence de ma conscience, glacée et déjà prête à décortiquer le moindre détail. Par ailleurs, l’autre est poli, et pourvu d’un charme aussi désuet que sa condition. Et si la maîtresse de maison n’est finalement peut-être pas la première à surveiller ceux qui passent le seuil de sa demeure, lui veille au grain. C’est quelque chose qui se sent. Par son regard affûté, qui mine de rien m’a embrassé et analysé à la seconde où la porte s’est ouverte sur sa silhouette à peine voûtée par les ans.

« Monsieur Uffingham, je présume ? »

Je me contente d’hocher la tête, pressé de régler l’affaire et de me trouver nez à nez avec la gamine. Il ouvre plus largement le battant et m’invite du bras à pénétrer à l’intérieur.

« Je vous en prie. »

Faisant un ou deux pas dans le hall, le silence qui règne dans la demeure respire la mort encore fraîche. Quand l’âme des défunts hante toujours les lieux. Leur odeur, leurs habitudes resteront longtemps là, nichées dans l’ombre d’un meuble, dans le dernier coin de la dernière pièce. J’ai toujours été sensible à cela. Et cette fois-ci n’y fait pas exception, surtout alors que la Faucheuse s’est montrée si brutale. Si rapide.

« Si vous voulez bien patienter un court instant, je m’en vais prévenir Mademoiselle Hargreaves. »
« Faites… »

Une fois seul, je fais quelques pas dans l’entrée. Le manque de sommeil se fait cruellement sentir, et l’envie de me gifler pour me réveiller est palpable. Ca m’apprendra à dépenser de l’énergie pour des conneries. Ania n’en vaut certainement pas la peine, mais le virus de la curiosité m’a bel et bien contaminé, m’interdisant un retour en arrière. Il ne me reste plus qu’à espérer que Melvil parviendra et surtout acceptera de récupérer ces foutues bandes…Celles qui pourraient mettre un terme aux questionnements, qui pourraient lever le voile sur cette histoire. Etouffant un bâillement, je me redresse quand la démarche régulière de mon interlocuteur se fait entendre sur les dalles lustrées et sans défaut sous nos pieds.

« Veuillez me suivre. »

Je lui emboîte alors le pas, direction le salon probablement. J’en profite pour jeter un coup d’œil à l’ameublement, à l’ensemble. Faste. Trop faste. Suintant un luxe presque vulgaire, sans charme. Le tout semble correspondre parfaitement au peu que j’ai vu des anciens propriétaires. Reste à savoir si la gamine est faite du même bois. Adoptée ou non, la question demeure vivace. Le bonhomme m’installe confortablement, me demandant de patienter le temps que mon hôtesse se décide à pointer le bout de son nez. Moi, tant qu’on me file aussi gentiment un café pour me tenir alerte, j’attends tant que vous voulez.

Je n’aurais que quelques minutes de tranquillité avant que l’apparition tant espérée ne daigne apparaître. Reposant ma tasse de café désormais vide, je me lève et contourne la table qui fait obstacle entre ce qui ressemble encore à une adolescente et moi. Mais dont les manières policées ne laissent guère de doute quant à l’éducation qu’elle a reçu. Le tableau est parfait. Presque trop parfait. Sa mise, sa voix posée, son ton mesuré et sa main tendue que je serre doucement sans pour autant me montrer évasif… tout ça respire le scénar à plein nez et manque cruellement de spontanéité. Le vice de cette génération dorée. De la mienne également
.

« De même. »

Je me rassis à ma place, à la gauche de la jeune femme, et m’adossai au siège tout en sortant de mon sac le dossier Hargreaves. Si mince à mon goût, incomplet. Un sourire de pure politesse et j’évacue d’un mouvement de main son excuse. Tu n’en penses pas un mot, alors épargne-moi les grandes phrases : plus vite on s’y mettra, plus vite on sera tranquille toi et moi.

« Il n’y a pas de problème. Vous n’êtes ni la première ni la dernière à demander à un avocat de faire sa visite à domicile. Et au vu des circonstances... »

Je dois être l’un des rares à ne pas ramener son PC miniature pour entrer numériquement et directement toutes les données. Je déteste ça. Je passe toujours par la phase stylo-papier, devenue obsolète pour nombre de mes confrères, mais dont les railleries me laissent de marbre.

« Je vous présente mes condoléances. J’ignore quelles ont été les circonstances de la mort de vos parents, mais croyez bien que je ferai tout ce qui est en mon possible pour vous éviter des complications juridiques administratives en ce qui me concerne. D’où l’objet de ma convocation. Je viens tout juste d’hériter du dossier de votre famille, et pour être honnête, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit aussi… »

Je m’interromps, cherchant le mot juste et caractérisant particulièrement l’agencement désastreux de cette paperasse, articulant particulièrement le sème :

« … chaotique. J’ignore ce qu’il s’est passé, mais si nous voulons avancer à peu près correctement et mettre à jour vos informations pour que je puisse vous protéger … je vais avoir besoin de votre aide. »

Mes iris dans les siens, d’un sombre incroyable, j’en profitai pour la sonder un peu plus longuement. Elle tenait son rôle, formidablement bien. Mais je préférais être certain de pouvoir éviter les larmes, la crise d’hystérie ou le mutisme complet.

« Vous avez pris un rendez-vous bien plus tôt que je ne l’aurais cru… Si vous ne vous sentez pas prête à aborder ce sujet, je le comprendrais largement et me contenterai de faire connaissance, étant votre avocat naturel par la force des choses. Toutefois, sachez également que vous restez libre de changer de juriste à tout moment si vous estimez que notre collaboration ne répond pas à vos attentes, et je transmettrai les présentes informations au confrère de votre choix. »

Rapidement, je datai l’entretien.

« Wëlina Hargreaves… »

Penchant la tête, je sortis la brève notice concernant la demoiselle, mes rétines zigzaguant entre les lignes.

«Vous avez vingt-deux ans, c’est ça… ?»

Gosh… L’âge de Meghan. Pendant un instant, j’essayai d'imaginer ma cousine héritant de la fortune de toute la famille. Impensable.

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Wëlina Trinity

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MessageSujet: Re: Dysfunctional Family [ Wëlina ]   Mar 11 Déc 2012 - 0:42

Tasse de café vide, mine pâle et traits fatigués, petit avocat il faut prendre le soleil quand il est là, et le sommeil quand il se fait présent.
Tss. 
Quelle idée aussi de travailler dans un bureau. Dos voûté sur un bureau froids, papiers en guise de femme et clients pour maîtresse, il ne faut pas s'étonner si vous avez l'air bougon... bon pas le bougon de base moche et méchant, non... un de ces bougons qui doit faire fondre d'envie la moitié des femmes célibataire, et toutes celle mariés en manque d'aventure... en somme la plupart du Quadra.          
Je me vante même de connaître suffisant ma défunte vipère de mère adoptive pour deviner qu'elle a dû vendre ses charmes, dès son mari occupé ailleurs.
Yeux de biche, regard de braise et allusions plus ou moins cachés, le gratte papier à dû craindre de voir se refermer sur lui, les ongles fantaisistes de feu Madame Hargreave...
                            
Je profite des présentations protocolaires pour jauger mon invité,  tentant de sonder son caractère sous le costume. impeccablement bien taillé par ailleurs. Mon père, ou mon géniteur plutôt, avait pour habitude de dire qu'un homme se jugeait à sa Montre, la femme qu'il avait choisi pour l'accompagner, et son costume. Même si ça me tue de l'admettre, les enseignements qu'il m'a prodigué, sans le vouloir, sont toujours utiles.
Propre sur lui, tiré à quatre épingles, il ressemble au parfait petit employé de bureau. Il en a d'ailleurs les manières, et le jargon. Il est jeune, et si on lui a confié notre dossier, c'est qu'il est doué. Le père de Néo se vantait toujours d'avoir le meilleurs à sa disposition, et on le lui donnait généralement.
Hors de question de se le mettre à dos.
Jeune, donc, mais brillant... un homme dont il font donc se méfier, ou tout du moins, s'assurer de sa stabilité.

- Newton, s'il vous plaît, préparez un nouveau café pour Monsieur. Le vouvoiement est de rigueur en public, non par pour le protocole, mais pour l'image, et Dieu seul sait à quel point Newton tiens à son image conservatrice. - et un thé pour moi.
- Bien mademoiselle...


Il disparaît sur une révérence...
Je l'ai toujours connu ainsi, et je ne sais pas Qu'il ferait, si il n'avait pas ce travail. Cette vie. Je ne l'envie pas, mais sa présence est réconfortante. Il surgit toujours au bon moment avec une tasse de thé ou de chocolat chaud, distribuant de précieux conseils à chaque passage. Je suis tellement surprise qu'un tel homme est assisté aussi longtemps le père de Néo. Je le suis du regard avant de reporter mon attention sur l'avocat belle gueule, et sur son petit discours. Si je donne légèrement l'air d'être un peu ailleurs, je ne perd pourtant pas une miette de ses paroles.

Pas au courant des circonstances de leur mort? Je me suis trompée, il n'as pas besoin de sommeil, mais d'une télé, pourtant bien omniprésente dans notre monde. A quelles affaires se prêtent il pour être à l'Ouest?  Quel genre de chose peut l'obnubiler à ce point?  ( sur le faite de ne pas se le mettre a dos de part un acharnement qui lui fait occulter le reste )Je suis curieuse de nature, et ces questions m'intriguent mais ce n'est visiblement pas le moment de s'en         préoccuper, qu'il reste dans son monde tant que celui ci n'empiète pas sur le mien.
Malgré ces divergences dans mon esprit, je n'en oublie pas pour autant mon rôle, seconde peau que je porte avec autant de facilités que cette robe. Il m'habille tout deux, que j'y pense ou non.
Je détourne légèrement le regard quand il évoque le décès de mes parents. Brutal, même si il l'ignore. Et mes yeux se voilent sous cette blessure sensée être encore fraîche, encore douloureuse...
Tiens donc.... dossier chaotique ? Quelques zones d'ombre j'aurai pu le comprendre mais de la à ce que cela soit chaotique... À moins que son prédécesseur ait rapidement comprit que les Hagreaves préférait de loin les avocats efficaces mais peu envahissants.

- Je préfère vous recevoir quand tout est encore relativement calme, même si...
un souffle légèrement court et je ne poursuis pas ma phrase, jouant, comme troublée, avec l'un de mes bracelets. - et non, je ne veux pas changer d'avocat, je fais confiance aux choix de mon père.

Mais bien sur... Aux choix de mon père... Le seul choix correct qu'il est prit, c'est bien celui de crever... Même si je l'ai un peu aidé.
Je marque une pause alors que Newton revient avec le café et le thé, tout en silence, tout en discrétion. Un courant d'air. Inévitablement mon regard finit par dériver vers le jardin que l'ont peut apercevoir. Même d'ici je peux les entendre chanter. Même d'ici, elles m’appellent.
Mais non. Pas maintenant. Pas encore...

- Oui, 22ans. Bientôt 23...
Je souris, timidement...

La vingtaine... Parfois j'ai l'impression d'être tellement vielle, d'avoir déjà trop vécu, trop vu... Elles me rappellent alors à l'ordre, et les arbres centenaires me sermonnent, mes années ne sont que poussières.
Rien d'autre.

Curieuse, je me penche légèrement pour tenter de voir ce fameux dossier chaotique...
Si ce n'est que des broutilles de la sorte, je lui envoie une biographie, ça ira beaucoup, beaucoup plus vite.

- Et vous même ?


Je ne vais pas être la seule à passer sous le grill petit avocat... Il ne faut pas non plus rêver.

- Je ne veux pas être indiscrète. C'est juste.... que vous paraissez jeune.


Mais je suis curieuse. Terriblement.

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MessageSujet: Re: Dysfunctional Family [ Wëlina ]   Mar 11 Déc 2012 - 16:01

Je ne manquai pas de remercier silencieusement ma jeune et toute fraîche cliente pour cette délicieuse attention. Oui, un deuxième café ne serait pas de trop … Et dire que j’avais veillé à déjeuner frugalement pour éviter toute propension à l’endormissement … Il fallait croire que j’en demandais trop à mon corps pour cette fois. Mais tant que mes sempiternelles questions ne seraient pas résolues, je savais bien qu’il serait peu pertinent de me demander de me consacrer à autre chose et même à temps plein à mon travail ou au temps libre que je grappillais çà et là. Je jetai un bref coup d’œil au domestique, de plus en plus décontenancé par son attitude anachronique. Plus jeune, ma famille avait eu recours aux services d’une domestique, autre que les sempiternelles femmes de ménage dont les grandes familles disposent toujours. Elles vivaient au dernier étage de la grande demeure, sous les toits, mais pas dans l’inconfort. Et cependant, jamais je ne les avais vues s’incliner ou faire preuve d’un tel respect, digne du lointain passé de l’Ancien Monde. Nous les considérions davantage comme des proches, des figures bienveillantes et certes à notre service, mais dont la proximité avait tissé des liens inébranlables… A tel point que mon oncle s’était marié avec la fille de l’une d’elles. Alliance qui ne fut par ailleurs que très peu discutée. Mais ici, c’était différent. Peut-être que l’intimité réservait un tout autre spectacle que celui qui prenait forme sous mes yeux ; en attendant j’en demeurais surpris, sans pour autant faire l’erreur de m’appesantir sur la silhouette du vieil homme partant répondre aux ordres de Wëlina.
Elle semble… Lointaine, elle aussi. Présente sans être vraiment là, et je dois réfréner un soupir de lassitude. Allons bon, me voilà sans doute prêt à rabâcher mes discours, puisque la moitié doit peut-être lui échapper en ce moment même. Si elle réagit à la mention de ses parents, je demeure encore dans l’expectative. Réaction sincère ou bien préparée ? Tout ce calme, toute cette maîtrise parfaite d’elle-même aussi jeune me paraissent si louche que j’admets ne pas être porté à penser à sa complète honnêteté sur ce coup-là. Tant qu’elle ne réitère pas ce comportement ambigu en ce qui concerne le reste, je n’ai de toute façon pas à m’en mêler … Je l’écoute avec attention, l’observant jouer avec ses bijoux sans l’interrompre. Je marque mon assentiment d’un hochement de tête, décisif
.

« Très bien. Je m’engagerai dans ce cas à officialiser auprès de la compagnie mon engagement auprès de vous. Merci de votre confiance. »

Un remerciement par politesse, mais c’est la moindre des choses. Car franchement, si tu savais comme je m’en contre-cogne que tu me gardes ou non… C’aurait au moins eu le mérite de m’épargner un peu de travail supplémentaire. Et c’est fou comme je me sens profondément antipathique vis-à-vis de ma clientèle des jours comme ceux-ci… Heureusement qu’elle ne lit pas dans mes pensées, et dommage pour elle que cela tombe sur sa personne. Mais je ne me sens vraiment pas d’humeur encline à prendre le boulot en plus avec le sourire. C’est à cette seconde précise et remarquablement bien choisie que le serviteur revint avec le St Graal entre ses paumes. Ma Sainte Trinité aurait été une goutte de calva dans celui-ci et une cigarette par la même occasion, mais il ne faut pas trop en demander… J’accueillis alors avec un « Merci » soufflé entre mes lèvres la seconde tasse, n’y touchant pas encore pour laisser au liquide brûlant le temps de refroidir un peu. En parallèle, je notai la confirmation de l’âge de la demoiselle.

« Je vois … »

Une très jeune pousse… Un sourire se fraye parmi la mauvaise humeur ambiante, quand je la vois se pencher avec une curiosité enfantine sur le dossier qui la concerne pleinement. Je ne l’en empêche pas, en profitant enfin pour prendre une bonne gorgée de caféine. On ne m’avait encore jamais fait le coup du retournement de question, et je lui lance un long regard, mi-figue, mi-raisin. Sérieusement ? La commissure de mes lèvres se retrousse, et c’est dans un geste discret que je repose mon café.

« Je ne suis pas certain que ce soit bien l’objet de ce rendez-vous, Mademoiselle… »

Et si jusqu’à présent, tout s’est déroulé dans les règles de la bienséance, je prie pour que la mère n’ait pas déteinte sur la fille. Sinon, je risquerais fort de me demander ce qu’il a pris à Baxter de me refiler ce dossier empoisonné. Pourtant, si elle doute de ma compétence en raison de ma jeunesse relative, là c’est différent, et elle est dans son droit – ici aussi très relatif… - de s’interroger sur mes aptitudes et mes capacités à gérer correctement les affaires des Hargreaves. Confiance paternelle ou pas.

« J’ai vingt-huit ans. Donc j’imagine qu’en effet, je le suis. »

Croisant un instant mes bras sur la table, je me penche pour soutenir plus longuement son regard, prêt à lui dresser le tableau de l'avocat qui se tient face à elle.

« Mais si vous avez besoin d’être rassurée… J’ai suivi un cursus on ne peut plus normal à la fin de mes études secondaires, en intégrant une branche satellite de la faculté d’Austri, à Sudri. Spécialités droit, histoire et économie, bien entendu. Puis j’ai passé le concours de l’école de Droit de Nordri, figurant dans les dix meilleurs résultats, avant d’entrer aussitôt en stage au service du COS affilié. »

Parfois, quand il m’arrivait précisément de me repencher mon parcours, je me rendais compte de l’étendue du chemin parcouru, et surtout des difficultés d’adaptation que j’avais forcément rencontré. La période bénie de la fac. L’exode, puis l’acclimatation à une ville on ne peut plus différente de Sudri. Eloignée de toute la famille, à la fois curieusement rassurante et oppressante, avant que je ne surmonte ces sentiments contraires pour y trouver pleinement ma place. La mort de Shaze avait fini par m’y ancrer pour de bon, et je ne regrettais pas ces étapes franchies une par une. Je poursuivis après une courte pause :

« J’ai donc rapidement travaillé comme assistant dans le bureau général d’avocats au pénal, tout en continuant mes études. J’ai eu la chance de pouvoir faire mes preuves de façon suffisamment convaincante pour intégrer la promotion Espoir du COS, et à vingt-six ans, j’ai obtenu mon premier poste, avant de voir celui-ci définitivement confirmé quelques mois plus tard. »

Presque mutin et légèrement ironique, je lançai :

«Vous voilà rassurée ? Vous devriez savoir que l’âge ne fait pas toujours la compétence …»

Reprenant mon stylo en main, je soupirai et poursuivis :

« Alors, nous disions donc… Parlez-moi un peu de vous. De ce que vous faites actuellement. Si vous travaillez, si vous étudiez… Quels sont vos projets d’avenir, quels sont vos points forts et vos points faibles ? Je suis navré de devoir vous disséquer à la sauce juridictionnelle, mais je crains fort que tôt ou tard nous devions en passer par là… »

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Wëlina Trinity

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MessageSujet: Re: Dysfunctional Family [ Wëlina ]   Mer 12 Déc 2012 - 15:04

Je ris.
Réaction spontanée pour le coup, je vous l'accorde. En règle général, je contrôle très bien ce genre de chose, j'étouffe un rire comme j'écrase une larme: en silence. Mais là, je me laisse aller à quelques instants de naturel qui, de toutes les manières, ne gâche en rien le tableau que je lui peins de la jeune Wëlina.
Je ris.
Avant de me mordre la lèvre pour me reprendre, un léger sourire sur mes lèvres, tandis que je noie un autre éclat sous une gorgée brûlante de thé.

- Et vous, ne devriez pas douter ainsi de la votre. Je relève mes yeux vers lui, amusé. Ma question n'était en rien une remise en cause de vos compétences, au pire cela relevait de l'indiscrétion, au mieux, cela soulignait votre "talent précoce".
Mon sourire éclaire toujours mon visage. - Mais je suis tout de même impressionné d'un tel parcours, et cela m'évitera d'autres questions sur votre chemin professionnel.

Non, non, je ne compte pas m'arrêter de l'interroger chaque fois que j'en aurai envie. Que ce soit sur sa vie privée, ou sa vie public. Nous serons deux à passer sous les projecteurs, et même, une part de ce que je lui dirai ne sera que mensonge, je dois avouer qu'il serait amusant de le voir faire preuve d'une certaine... Sincérité.
Reprenant un air plus conventionnel, je soupir légèrement quand à la suite. Me disséquer à la sauce juridictionnelle ?
En voilà tout un programme qui serait ô combien distrayant si je pouvais lui dire la vérité. J'imagine déjà sa tête. "Voilà, je ne vais pas vous mentir plus longtemps: Je compte rire du Quadra et m'y faire ma petite place, jouer dans l'ombre pour soutenir ma cause, et donc, les Ases. Oh ? Cela ne figure pas dans le dossier ? Je suis Ase, Mr Uffy, et fière de l'être. J'ai fugué d'ici quand j'avais environ 16ans, et je me suis installé dans la ville Basse de Sudri où j'ai ouvert une petite boutique d'apothicaire. Au sous sol de la maison, je préparais remèdes drogues et autres poisons à base de plante. Le voilà d'ailleurs mon point fort, une parfaite connaissance de Dame Nature, et une symbiose totale avec celle ci. Si vous saviez, cette mélopée qu'elle chante à longueur de journée, si agréable, juste parfais Mais bon, je m'égare un peu, je disais ? Ah oui... Je dirai aussi que je suis rapidement adaptable à toute situation, que je me complais dans le mensonge et que je sais gérer les situations de crise... Après tout, j'ai tué mes parents adoptifs quand ils se sont fait plus menaçant qu'a l'accoutumé, et ceux, sans qu'aucun soupçon ne pèse sur moi. Il faut dire que mon alliance avec les Black Mambas est de plus utile. Pour mes points faibles... Hmm... Je citerai ma claustrophobie en premier lieu. Voyez vous, être enfermé dans un placard à chaque saut d'humeur de son cher papa adoptif, laisse quelques... Séquelles. Remarquez il était toujours plus tendre que mon vrai père... Oui, oui j'en ai quelques souvenirs... En même temps comment oubliez Jeremiah Trinity ? Enfin bon, je m’égare un peu mais je pense avoir répondu à la plupart de vos questions... En avez vous d'autre ?"

Voilà qui sera délectable, je n'en doute pas. Mais dans ce monde, la sincérité n'est pas de mise. Dommage... Quoique, en théorie, maitre Uff' est lié par le secret professionnel et qu'en l’occurrence, si je lui racontais tout cela, il n'aurait rien à y redire. A la limité, il pourrait me conseiller de me rendre, de me dénoncer, ou tout autre connerie de ce genre... Rien de plus. Mais je n'ai guère confiance pour le cœur des Hommes, et je ne risquerai pas tout ce que j'ai entrepris, pour le seul plaisir de le voir sur le cul.

- Oh ne vous inquiétez pas, je conçois que vos questions soient légitimes. Il n'y a pourtant pas grand chose à dire. Mon père m'a envoyé sur Westri quand j'avais 16Ans pour y finir ma scolarité avant que je ne rentre à la fac dans une filliale pharmaceutique. J'avais même un poste qui m'attendais dans l'entreprise d'un ami d'enfance mais... Enfin, pour le moment tout cela doit être mis entre parenthèse. Je souris. Tristement. Après l'accident j'ai du rendrer en urgence, et maintenant je dois l'avouer, je suis un peu perdu parmi... Tout ça.


Oh pauvre petite choute qui va se faire manger tout crû par le grand Quadra...


La voilà la version officielle. Celle que feu Mr Hargreave à donné à tous. Beaucoup mieux, beaucoup plus présentable. Je sais d'ailleurs qu'il a créer de toutes pièces les preuves de ses dires si un petit curieux venait à fouiller dans ses affaires: Je suis bien inscrite à la faculté de Westri, où j'ai réussi brillamment déjà 4ans d'études. Il y a loué un appartement en mon nom, et verse une somme d'argent sur un compte, visiblement celui qu'il fait passer pour le mien. Il poussait le vice jusqu'à aller fréquemment dans cette ville, soit disant pour me voir, ce qu'il y faisait vraiment, je l'ignore, mais à vrai dire, je m'en contre fou.

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MessageSujet: Re: Dysfunctional Family [ Wëlina ]   Jeu 20 Déc 2012 - 22:37

Son rire éclate, brutalement. Juvénile et léger, tranchant avec cette attitude si réservée jusqu’à présent. J’en suis surpris, mais je m’en remets tout aussi vite. Peut-être parce que l’ombre cachée au bout de ses lèvres laissait à prévoir possiblement une réaction de ce genre. Je secoue la tête en souriant, un peu contaminé malgré moi par cet éclat enfin spontané. La ligne de mes épaules se détend lentement, sans que je n’en ai vraiment conscience.

« Vous ne devriez pas vous moquer, vous savez… Un avocat vexé est encore plus difficile à supporter... »

Pour la première fois depuis que je suis entré dans cette maison, je pose un regard sur elle contenant une infime dose d’aménité, sans arrière-pensée. Rire est de son âge. On en devrait pas avoir à enterrer ses parents à seulement vingt-deux ans. Je lève les yeux au ciel, amusé, et joue avec l’anse de ma tasse, que j’ai décidément bien du mal à ne pas porter à ma bouche. Mais la sensation du café chaud coulant dans ma gorge et réveillant mon corps endormi est un délice auquel je n’ai pas envie de résister.

« Si vous saviez combien me demanderaient de leur expédier ma biographie en détail s’ils le pouvaient… Vous êtes encore jeune. De ce que je peux déjà constater, vous n’êtes pas bouffie de paranoïa, et je ne crois pas que vous êtes bien partie pour le devenir… C’est ce que je peux vous souhaiter de mieux, Mademoiselle. Mais vous ne pouvez pas me reprocher de ne pas parer à toutes les éventualités ! »

Etre prévoyant autant que faire se peut. L’adaptation naturelle avait la vie dure, pour moi. Quand je pouvais me préparer à encaisser n’importe quoi, que ce soit une banale question à une fouille en règle de mon intimité par la presse à scandale en passant par un coup de poing inattendu en pleine figure, je m’y attachais sans regret, avec un zèle exemplaire, que beaucoup se seraient empressés d’imiter s’ils réalisaient la gain de temps et l’économie des nerfs réalisés. Levant mon café à sa hauteur, je baissai d’un ton et murmurai :

« Qui vous dit que je doute… ? »

Me résignant à le reposer et à me faire violence, en conservant assez pour ne pas m’effondrer avant d’avoir quitté cette maison, je soupirai pour fermer là la parenthèse ouverte joyeusement par Wëlina. J’attribuais prosaïquement cet épisode à un nécessaire besoin de la jeune fille de se focaliser sur autre chose que le deuil, ce qui était on ne peut plus naturel, tout compte fait. Tant que cela ne durait pas trop longtemps, je ne voyais pas où était le mal à faire preuve d’un minimum de tact et de diplomatie. Attentif à ses dires, je pris rapidement en note tous les éléments qu’elle me fournissait, tiret après tiret, alignant telle une liste irascible chaque information, chaque composant pouvant éventuellement s’avérer utile, dans un avenir proche ou lointain. Je devais savoir qui je représentais, et c’est pourquoi je ne prenais pas ce travail à la légère. La psychologie a tout à fait sa place dans le rapport entre le client et son avocat. L’important, c’est avant tout de ne pas lui permettre de prendre trop d’ampleur, de rester dans les limites du raisonnable. De creuser juste assez cette intimité pour obtenir l’essentiel. Le superflu ne m’intéresse pas. Il est réservé aux voyeurs ou aux fonctionnaires qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, pas plus loin qu’une simple procédure qui se doit d’être remplie, coûte que coûte. J’étais perplexe quant au propre cheminement de la demoiselle. Envoyée à Westri si jeune ? Tout en notant, j’entourai rapidement cet élément d’un coup de stylo propre et net, avant d’enchaîner tout aussi rapidement par l’écriture de son orientation professionnelle. J’hochai la tête. Une direction sûre, qui ne manquait pas de propositions d’emploi et d’ouvertures sur la recherche. Les sciences demeuraient un passeport inébranlable contre l’enlisement et l’insertion dans la société du Quadra. Et si j’avais encore du mal à m’y faire, j’avais néanmoins fini par accepter bon gré mal gré cette notion. Cependant, pour rien au monde l’on ne m’aurait poussé sur cette voie … Même Galaad ne m’en aurait pas convaincu.
Mes yeux accrochèrent les siens. Sans rien suspecter. Le coin de mes lèvres tiqua et je me redressai, passant une main dans mes cheveux et prenant de la hauteur en parcourant rapidement d’un bref coup d’œil les quelques lignes dont j’étais l’auteur.


« Hum… »

L’embout de mon stylo tapota la table et je pris une inspiration avant de relancer :

« Puis-je vous demander ce qui a poussé Mr. Hargreaves à vous inscrire à Westri ? Eloignée de votre famille à seize ans, alors même que vous n’étiez pas en âge d’entrer à la faculté et que votre stade de lycéenne n'était pas dépassé… J’avoue que je ne saisis pas. A moins que vous n’ayez des parents dans cette ville ? »

Je consultai à nouveau la page principale du dossier incomplet que l’on m’avait fourni.

« J’ai lu également que vous aviez un frère … Né… »

Je butai sur le prénom, intrigué par la ressemblance avec le mien, et repris plus fermement :

« Néo ? Déshérité ? »

Curieux, cela également… Faisant tourner la mine entre mes doigts, je penchai la tête sur le côté, et d’une voix posée, m’enquit avec prudence :

« Vos parents n’ont absolument pas abordé votre existence. Ni la vôtre, ni celle de votre frère, ce qui est normal étant donné du peu de temps que j’ai eu à leur consacrer. Mais si cela ne vous ennuie pas, j’aimerais disposer de quelques détails. Aviez-vous tous les deux de bonnes relations avec eux… ? Etiez-vous au courant de leurs projets personnels ou professionnels ? Que saviez-vous de leurs rapports avec le COS avant ce … cette malheureuse nouvelle ? »

Marquant une pause, j’osai ajouter :

« J’espère que vous ne demeurerez pas seule à gérer tout ce patrimoine reçu en héritage… Je vous aiderai du mieux que je le peux, mais je vous déconseille fortement de ne pas vous entourer d’au moins un ou deux proches, si cela est possible. Je suppose que votre cursus d’étudiante n’est pas terminé… ? Combien d’années vous reste-t-il à suivre ? »

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MessageSujet: Re: Dysfunctional Family [ Wëlina ]   Ven 11 Jan 2013 - 12:52

- Je saurai vous amadouer, je n'en doute pas... Je regarde sa tasse, les mains sur la mienne, appréciant chaque gorgée du breuvage. - Avec quelques cafés supplémentaires.

Je soutiens son regard, mon sourire s'éternisant sur mes lèvres. Cet entretien est plus... amusant que ce que j'aurai pu penser de premier abord. Ce n'est pas un vulgaire gratte papier. Il me semble plus humain. Moins fonctionnaire.
Je suis persuadée qu'au file des année, tous finissent par nous voir comme de simple numéro sur des feuilles de papier. Nous ne sommes plus des personnes à part entière, avec une vie, une histoire, un passé, un présent et un avenir, non, nous perdons ce statue à leurs yeux pour ne devenir qu'une suite de chiffre. Un dossier. Rien de plus.
Peut être par ce qu'il est jeune. Parce qu'il n'a pas encore eut le temps de s'aigrir.
Je reporte mon attention sur son discours, plutôt que sur sa personne. Bouffie de paranoïa... Je devrai pourtant rentrer dans cette catégorie. Surtout maintenant que la lumière se porte sur ma famille et ses terribles aventures. Je suis une Ase, et j'arrive à un tournant critique, où mes victoires passées ne doivent pas me donner l'illusion d'une toute puissance.
Oh non, je dois surtout garder en mémoire mes échecs.Celui qui m'a poussée dans la jungle, plus morte que vive, celui qui m'aurait coûter la vie, si je n'avais pas leur faveur.
A deux doigts de porter mes doigts sur la cicatrice atypique qui en découle, j'amorce le geste en venant jouer avec l'une de mes mèches de cheveux.

- Non, effectivement, je ne peux pas vous le reprocher.


Je ne vais pas lui jeter cette pierre alors que je suis la première à adhérer à ce fonctionnement. Même si il est vrai, que la Hagreave que je joue, ne devrait pas avoir à parer à grand chose. En théorie, son avenir était tout tracé. Et jusqu'à maintenant, elle n'avait même pas eut à gérer une seule crise...

- Rien, si ce n'est votre promptitude à chasser des doutes que je n'ai pas.


Mon sourire, je l'avale en même temps que quelques gorgées brûlantes de mon thé. L'instant d'après, je prends une petite inspiration pour répondre à ses questions.
Je parle, je parle, mais je ne le perd pas de vue. A chaque parole, je le détaille,tentant de voir si il tique sur une partie ou sur une autre. Cherchant à deviner ses pensées, ses potentielles questions à venir. Il note, entoure, souligne. Et forcement, je me doute pas que cela amènera d'autres interrogations.
C'est le problème avec les avocats trop zélés, avec ceux qui n'ont pas encore perdu la flamme. Ils leur faut tout comprendre, tout épier, tout disséquer.
A cet instant, son professionnalisme n'est pas pour me plaire. Si je sais ce mensonge, quasiment parfait, rodé par des années d'utilisation, je sais aussi qu'il n'est pas le mien. C'est mon père adoptif qui l'a inventé, travaillé, et élaboré pour se couvrir, lui. Je ne sais pas tout ce qu'il a pu en dire à des amis, des collègues ou des curieux.
J'ai par contre l'avantage de son ignorance. Mr Uff' n'en a jamais discuté avec lui. Et son prédécesseur, ne s'est jamais penché sur la question. J'ai peut être pas une grande marge de manœuvre sur ce coup, mais je peux tout de même broder sur quelques points.

Je me tais, attendant la suite avec la même impatience qu'un condamné à mort attends son exécution. Et elle ne tarde pas, tout juste quelques secondes de battement.
Voilà à présent que je me dois de justifier les actes fictifs de mon père adoptifs. Heureusement que cette question je l'ai déjà travaillée. Je refuse de me faire prendre au piège pour des détails aussi stupides. Un mensonge se construit, surtout lorsqu'il est aussi important. Il reflète une part de ma vie, des années que je suis censée avoir passé, vécue. Et surtout apprécié. Car la Hargreave que je joue, aime sa famille. Et c'est sans doute cette partie là, qui me laisse un arrière goût amer dans la bouche.
Ils étaient horribles, je devrai pouvoir cracher librement sur leur mémoire, mais non.

- Mon appartement est dans un immeuble appartenant à mon père. Il venait au minimum une fois par semaine, autant pour gérer ses affaires, que pour me voir, de plus, j'étais voisine de son meilleurs ami. Il ne voulait pas que je sois un enfant du Quadra qui ignore tout de la vie et du travail. Il ne voulait pas pour fille une enfant pourrie gâtés et craignait l'influence de certain de mes amis qu'il était loin d'approuver.


Je me veux sincère, et je sais que je donne totalement le change. Je mens depuis tellement longtemps que cela est devenue ma nature.
Nature qui me prouve toute son utilité lorsqu'il évoque Néo.

Néo... Mon frère, bien avant que je ne sois adopté. Il sait qui je suis, ce que je suis. Et n'ignore de moi que les derniers mois de ma vie. Je n'ose même pas imaginer ce qu'il en penserait, lui qui ne cessait de me répéter d'être discrète, effacée, de me tenir loin de Nordri et de ses parents. J'ai piétiné toutes ses recommandations, et je sais que bientôt, il prendra la place de l'avocat pour me questionner. Et avec lui, il n'y aura pas de place pour le mensonge.

- Je ne connais pas vraiment Néo, il a été déshérité peu de temps après mon adoption. Je sais peu de chose sur lui, mais je sais que ses relations avec notre père était... conflictuelles. Pour le reste, je ne peux vous aidez d'avantage... Je finis ma tasse. - Je ne vais pas vous mentir, si j'admirai mes parents, c'est dernier temps, entre la fac, mes examens, et leur travail, je ne les voyais guère plus que deux fois à trois fois dans le mois. Et quand nous nous voyons, nous préférions bannir le professionnel. Je ne peux pas vous éclairer sur ce point là.

J'affiche une mine contrit, un fin sourire sur les lèvres qui disparaît à la suite de ses propos.

- Pour le moment... Je... suis effectivement seule. Je ne voudrai pas faire les mauvais choix. Comme confuse, je joue avec l'anse de ma tasse. - Il me reste deux ans...Je ne sais pas si je continuerai... Et dans tous les cas, ça ne sera pas sur Westri.

Oh non, mon avenir et mes projets se concrétiseront ici.

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MessageSujet: Re: Dysfunctional Family [ Wëlina ]   Lun 14 Jan 2013 - 18:34

Elle avait de l’humour, ça on ne pouvait le lui ôter. Comme quoi les apparences étaient trompeuses jusqu’au bout dans le Quadra, même face à une gamine éplorée qui avait tout de la petite fille modèle mais qui, au fond … Dissimulait dans l’ombre de son regard sombre une aura de malice qu’il était impossible de ne pas remarquer. Dans d’autres circonstances, Wëlina Hargreaves devait être une personne enjouée et pleine de vie. Elle le portait sur son visage. Le café… Je lorgnai ce qu’il restait de mon deuxième, me refusant à la satisfaire d’un sourire trop affirmé. A la place, je jouai de mes sourcils, évocateur. Ici et maintenant en effet, il était fort probable qu’elle parvienne à ses fins grâce à cette boisson-miracle. Soudain, on dirait que le deuil est effacé. Si je ne l’avais pas rappelé, peut-être aurait-il totalement disparu. Ce qui n’a pas grand-chose en commun avec une propension à se débarrasser de temps en temps de la douleur pour s’alléger le cœur. Mais pourquoi donc le doute mord-il le mien tandis que je la regarde là, tranquillement juchée sur sa chaise ? Irréelle. Je n’arrive pas à m’en débarrasser totalement, et cela me ronge. Et puis il y a sa répartie. D’acier. Impression douce/amère de me trouver devant une héritière tout juste sortie des miasmes de l’adolescence et pourtant bien mûre dans sa manière de s’exprimer. Oh oui, elle rit. Oui, son visage est d’un juvénile dont on ne pourrait douter. Et cependant il existe une ride. Qui n’appartient pas à la force de la vieillesse. Non. Sa nature est différente. Parfois, juste entre le coin de ses lèvres et le bas de sa pommette, elle s’étire. Et c’est comme si Wëlina arborait quinze ans de plus. Comme si les rouages de son cerveau en marche exhalaient l’espace d’une seconde leur vraie puissance. C’était impressionnant, intuitif. Une pensée du corps, pas de l’esprit. Elle boit, et ce simple geste prend une connotation amplifiée dix fois dans ma tête, me laissant pantois. J’ai l’image d’une femme satisfaite du plan qu’elle met en place. Ou peut-être satisfaite d’elle-même. A la manière dont elle porte sa tasse à ses lèvres tranquillement, sans se départir de son attitude souriante et parfaitement détendue. Mon ventre manque de se nouer.

Prochaine bonne résolution : un peu moins fort le café la prochaine fois.
Je délirais. Comme un verre d’alcool avalé cul sec alors qu’on n’a rien dans le bide, la caféine propulsée directement dans mon organisme lui donnait un coup de fouet presque trop efficace pour le coup… Pas bon. Pas bon du tout, même. L’envie de me secouer, et je me redresse doucement sur mon siège, comme pour espérer mettre un terme à ces fantasmes venus d’un manque de sommeil inquiétant. Ca tombe bien, car venaient enfin les explications que j’attendais concernant cette délocalisation vers Westri. Tout s’expliquait, s’il possédait du capital là-bas. J’hochai doucement la tête et m’empressai de noter alors cette première réponse, assez satisfaisante pour ne pas chercher plus loin.


« C’est une initiative de sa part que l’on ne peut que saluer, effectivement. »

Après tout, pourquoi pas … Si elle était encadrée et que cette expérience lui avait permis de devenir épanouie et plus mature… Je tiquai en entendant parler de ses amis à l’influence soi-disant néfaste. A croire que tous les pères de bourges des quatre cités avaient exactement été élevés pour réagir de façon similaire devant ce genre de cas. Pinçant brièvement les lèvres, je ne fis pas de commentaires. Néo m’intéresse davantage. Il semble être un personnage réservé de toute cette histoire, avec un halo de mystère et de secret qu’il est toujours plaisant de remuer. Surtout s’il est l’aîné de la fratrie et en dépit du fait qu’il fut dénigré par ses parents quant à la succession. Cette zone d’ombre m’intriguait au plus haut point et je penchai la tête sur le côté, tentant le tout pour le tout :

« Savez-vous où il réside ? Pour le moment je ne compte pas prendre contact avec lui, mais si un jour cela s’avérait nécessaire … disposer de ses coordonnées me serait d’une utilité non-négligeable. »

Si la fille n’avait aucune idée des projets de ses parents adoptifs, ce n’était pas plus mal. Reconstruire sur du neuf après une telle épreuve n’était pas plus mal. Il s’agirait surtout de protéger ses intérêts, de la représenter si des transactions financières jouant sur son patrimoine étaient en jeu. Ce qui signifiait entrer dans un réseau complexe mais le plus souvent très stimulant. Le plus important dès l’heure, c’était de m’assurer qu’aucun vautour ne se mette en tête de lorgner sur ses biens et qu’elle se prépare aux assauts des charognards qui ne tarderaient plus.

« Oui, c’est tout à fait compréhensible. Ne vous en faites pas de ce côté-là. Je me risquerai à demander de plus amples informations à mon prédécesseur, histoire de m’assurer qu’aucun projet n’était en cours. Ainsi, vous pourrez conserver l’esprit libre. »

Seule… Ce que je redoutais. Je fis une moue que je ne lui cachai guère :

« Hum, fâcheux. »

Frottant mon front du bout des doigts, les yeux rivés sur les quelques lignes tracées à la plume, je méditai une poignée de secondes. C’était bien maigre comme début, mais c’était suffisant pour me permettre de lancer une procédure de recherches et pour clore ce qu’il restait à terminer. En priant pour que Baxter me guide un peu.

« Ecoutez… Nous allons réfléchir ensemble et tranquillement à tout ça. »

Mon regard clair revint se ficher dans le sien.

« Je ne vous laisserai pas tomber. Et si je dois prendre des nouvelles quasiment au quotidien je le ferai, jusqu’à ce que vous trouviez une épaule sûre à laquelle vous raccrocher. Mais vous devez comprendre que vous ne pouvez décemment pas rester isolée avec un fardeau pareil. Car malgré toute la richesse qui vous procurera un confort primordial, cela reste tout de même un fardeau, je crois que vous pouvez le deviner… ? »

Faisant une pause, j’avalai les dernières gouttes de café et repris :

« Vous devez continuer vos études. Allez au bout de ce que vous avez commencé, je suis certain que cela vous fera le plus grand bien, plutôt que de rester sur un goût d’inachevé. Et au fait, j’y pense… Le meilleur ami de votre père ne pourrait-il vous aider ? Et si vous souhaitez vous installer sur Nordri, les cours par correspondance restent possibles, n’est-ce pas ? »

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MessageSujet: Re: Dysfunctional Family [ Wëlina ]   Jeu 25 Juil 2013 - 21:57

Combien de temps m’a-t-il fallut pour tout mettre en place ? Je mens avec la facilité des années et j’ai tellement travaillé le personnage de l’orpheline devenue héritière que je m’habille ce rôle avec la même facilité que ma robe. Je peux parer à toutes les questions, combler les vides, broder avec l’assurance nécessaire pour faire avaler sans difficulté n’importe quelle couleuvre. Après tout, je n’ai plus le choix, ce personnage doit être irréprochable, il est celui que j’endosserai le plus souvent, toujours en public, face aux journalistes, aux gratins du Quadra, face à l’avocat…
J’invente. Tout. Me basant sur des fragments de réalité pour toujours rester crédible. Les gens pensent que pour mentir, mieux vaut ne pas trop en dire. C’est vrai pour tous les petits mensonges, moins de détail moins de risque mais pour celui que je créer, jour après jour, il faut de la précision, plus c’est gros, plus c’est stéréotypé, mieux c’est. Ne soyez pas timide en mensonge, les gens aiment croire qu’ils ont raison. Que la vie est comme ils la voient, comme ils la pensent et non comme un joli conte enfantin. Les gens aiment la mort, le trash et toutes les horreurs de ce monde tant que tout leur est épargné. Ils veulent être spectateurs de la souffrance, s’accordant de temps à autre le rôle d’un figurant mais jamais celui d’acteur. Voir et se repaitre, rien de plus.
Je suppose pourtant que l’avocat sera un adversaire redoutable, car présent. Il n’y a rien de pire pour un mensonge qu’une présence constante. C’est lorsqu’on se sent observé qu’il faut se montrer le plus prudente, et ne jamais relâcher son attention demande beaucoup d’effort.
Le jeu en vaut la chandelle ne serait ce que pour leurs morts… Grandiose, presque trop belle pour eux.
- Oui… Il n’était peut être pas le père parfait. Mais j’ai énormément apprit de lui et….
Légère pause dans une voix qui cache sa brisure. – il avait… encore tellement de chose à me transmettre.Un silence aux allures d’une prière. La prière d’un cœur brisé par le deuil. Je me racle légèrement la gorge, jouant avec la cuillère de mon thé.

J’aurai aimé que la conversation prenne un ton plus posé, mais c’est qu’il s’acharne, tentant de percer ma vérité qui manque à son dossier. Mon père adoptif gérait pourtant d’une main de maitre son affaire, pourquoi avoir confié ses affaires à un incapable même pas fichu de tenir correctement un dossier. Et pourquoi ont-ils choisit cet Uffingham ensuite. Trop zélé. A croire qu’il fait son métier par conviction plutôt que pour les billets verts.  
- Je ne sais pas. Je n’ai pas eut de nouvelles de sa part depuis… Bien trop longtemps. Mes parents ayant coupés les ponts, je devais faire de même.
Je détourne le regard fixant la fenêtre. C’est horrible, presque une torture, être enfermé dans sa propre maison à jouer un rôle qui n’est pas le sien, tout en se niant, tout en tentant d’ignorer leurs chants. – Enfin…. Je… J’ai eut quelques courriers avec lui… Mes parents ne le savaient pas, mais je voulais être sur que tout allait bien pour lui, même si je l’avais peu connu, il restait mon frère, au moins sur le papier… Je devrai retrouver une de ses lettres, mais je crois que depuis le temps, il a déménagé.Je lui souris légèrement, à la manière d’une ado confessant une bêtise.

Après quelques minutes, je finis par me relever, rejoignant la fenêtre pour l’ouvrir en grand. Mon don, je peux le sentir bouillir dans mes veines, s’insinuer dans chacun de mes muscles, mais je le contiens, quitte à l’étouffer pour quelques heures. Ne m’en voulez pas mes très chères. Une fois partie, je laisserai libre court à vos envies. –Je vous remercie. J’apprécie votre… Professionnalisme, et une fois encore, je ne peux que me féliciter du choix qu’a fait mon père à vous choisissant
Je me tourne vers lui, m’adossant à la fenêtre pour pouvoir le regarder. Voilà à présent que nous glissons sur un autre sujet, tout aussi sensible. Mes études en sont au même point qu’il y a plusieurs années, c'est-à-dire, au point mort. Et cela me convient très bien. Je suis autodidacte, et la seule chose qui me passionne vraiment, je la connais sur le bout des doigts. Tous les jours, elles me chantent se que je dois apprendre, avec la patience d’un professeur.      
- Oui… Je m’en doute. Si je suis à l’abri du besoin, je sais que cela à aussi son lot de conséquence, plus ou moins facile à gérer. Et malgré l’omniprésence de toutes ces personnes, elles aussi en deuil… Je me sens seule. Évidemment, il y a son meilleur ami. Et il fait ce qu’il peu pour se montrer présent. Mais il a sa propre famille, ses affaires à gérer… Je me refuse à devenir un point de plus sur ses épaules. Je suis en âge de me débrouiller, et je ferai tout pour y arriver au plut tôt.

Je le regarde vider sa tasse avant de finir mon petit monologue. – J’avais effectivement réfléchis aux cours par correspondante, mais tant que je ne trouve personne de confiance sur qui m’appuyer, cela est exclu.
Un soupir. Léger. Planant sur les regrets, les doutes, les peurs et les travers d’une jeune femme dans la tourmente.
- Une autre tasse, Monsieur Uffingham ?

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MessageSujet: Re: Dysfunctional Family [ Wëlina ]   Dim 28 Juil 2013 - 1:18

Avec sérieux, je pris note du témoignage concernant son père. Je n’aimais pas la manière dont je ramenais systématiquement à moi les propos de la jeune fille. Probablement parce que nous venions du même milieu social. La différence résidait dans ma chance de disposer d’une famille suffisamment vaste pour être certain de me voir récupéré par telle ou telle entité au cas où j’aurai eu son âge. Galaad, Shaze, Conrad, Sylia… Le choix était vaste. Alors qu’elle… elle était seule au monde, totalement. Et puis il y avait ce père. Ce père qui pensait pouvoir tout mener de front d’une main de fer, victime rapide d’un Quadra trop brutal, trop avide de tout, tout de suite. Rarement la pensée de l’être humain dut se sentir aussi désespérément seule et abandonnée, livrée à elle-même qu’au Walhalla, enfermée entre ces quatre cocons parfaits, de chair et d’acier. Et ce père, visiblement distant, visiblement trop solide pour assumer cette autre part de paternité, elle avait appris à le respecter malgré tout, pour la transmission qu’il lui avait été donné. C’était une valeur que je pouvais largement concevoir, comprendre de bout en bout. Je pressentais au fond de moi que, malgré toute la haine que je portais et supportais à l’encontre de mon géniteur, le dernier jour de son existence n’apporterait aucune joie, aucun soulagement. Uniquement la sensation d’un immense gâchis, d’une perte de temps pour les vies qui avaient gravité autour de nos conflits. Tous ceux qui, par la force ou la douceur insistante, avaient tenté d’améliorer la relation, d’arrondir les angles si tranchants qui blessaient irrémédiablement les pauvres hères ayant le malheur de s’en approcher. Ce paradoxe, je le vivrai un jour. Voilà pourquoi j’avais un peu de mal à m'attacher uniquement au propos juridique, à l’intérêt pur et simple. Ma voix adopta un ton plus bas, moins officiel.

«  Je comprends. »

Deux mots. Je lui accordai deux mots en ce sens, c’était tout ce dont je pouvais décemment me permettre.
Quant au frère, cela m’embêtait sérieusement de ne pas avoir plus d'informations à son sujet. Les sourcils froncés, je demeurai circonspect
.

« C’est fort dommage… »

Là encore, je constatais avec étonnement que tous les gosses de la Haute agissaient en moyenne de la même façon. Ce mélange de docilité apparente et de légère rébellion, sans violence ni fracas, mais avec une savante discrétion, acquise dès le plus jeune âge. Une véritable caste, régie par des commandements stricts dont elle semblait se faire et se défaire avec une souplesse particulière à son rang. Là où l’on m’avait appris à admirer l’art de la débrouille et de la survie dans les bas-fonds, jamais personne ne m’ôterait de l’esprit que nous n’avions pas à rougir en dépit de notre confort élevé. Les luttes de classe obsolètes n’ont jamais pu démontrer l’absence de souffrance parmi les richards du Quadra. Au contraire. On serait décontenancé, en soupesant tout le mal-être et la déchéance contenus par cette société tant bien que mal, de constater l’importance des dégâts.

« Vous n’avez pas connu une situation facile. Toutefois, je vous prierai en effet de rechercher ces dites lettres. Je vérifierai s’il a changé d’adresse. Et si c’est bien le cas … Pourriez-vous tenter de rentrer en contact avec lui, malgré tout ? Je suis certain que vous avez des ressources… »

Je ne pus retenir un sourire. Allons, jolie demoiselle. Ne me la fais pas. Du peu que tu m’as déjà confié, je reste persuadé que tu en sais plus que ce que tu veux bien m’avouer…

« J’ai toute confiance en vous, en tout cas.»
 
Reculé sur le dossier de ma chaise, je l’observai se lever pour ouvrir la fenêtre, initiative que j’approuvai en silence. La respiration lente et sereine, j’accepte ses remerciements sans ciller. Je n’ai pas à y répondre. Je fais mon devoir, comme elle le souligne justement, et ma mine demeure des plus concentrées. Elle me regarde, et je hoche la tête sobrement. J’hésite encore sur ce que je dois réellement penser de Wëlina. Elle interroge. Elle interroge beaucoup de choses, en moi. Elle éveille des questions sans réponses, puis des réponses qui amènent à d’autres questions. Bref. Rien de très stable. Est-ce sa jeunesse ? Son parfait maintien du protocole ? Je l’ignore. Qui suis-je pour porter un jugement de fond ? A sa place, je ne sais pas comment j’aurais réagi moi-même. Avec dignité, ou envoyant paître tout ce qui m’avait servi de tuteur pendant vingt ans ?

« Non merci. J’ai mon quota de café pour la journée, je crois. »

Après cet intermède d’amabilité qui laisse percer mon visage sans distinction professionnelle d’aucune sorte, j’enchaîne rapidement.

« Si vous voulez mon avis, vous devriez tout de même démarcher auprès de cet ami. Croyez-moi, j’ai déjà assisté de près à ce genre de situation. Il n’y a rien de mieux que les plus proches confidents et intimes pour vous aider à régler la paperasse et gérer les questions d’héritage. Si vous le désirez, je peux également me mettre en contact avec lui, avec votre accord, cela va de soi. Ainsi, cela vous ôterait un poids supplémentaire. Souvent, il est de bon ton que la compréhension soit de mise. Les codes de loyauté existent encore, en dépit de tout ce qu’on raconte. »

A mon tour, je me levai sans la moindre précipitation, la rejoignant lentement près de la fenêtre.

« Faites-lui confiance. Faites confiance aux liens d’amitié. Tentez votre chance. Ne vous mettez pas des bâtons dans les roues inutilement. Vous êtes peut-être majeure, mais vous demeurez encore terriblement jeune pour soutenir votre deuil et vos affaires à bout de bras. A nouveau, j’en sais quelque chose, je vous assure. Reprendre vos études est le meilleur moyen de ne pas perdre totalement pied avec votre existence passée. Elles aideraient à conserver des repères. »

Jetant un œil par-dessus son épaule, j’aperçus çà et là quelques variétés de plantes particulièrement robustes, connues dans les environs mais remarquablement bien entretenues et peu aperçues dans les jardins bourgeois. Ce trait plus familier me ramena à d’autres considérations, moins urgentes, moins immédiates. Afin de la détendre et d’instaurer un climat plus propice à la confidence, souhaitant créer un courant plus propice à d'autres échanges, je compris qu’il était temps de passer à une seconde phase. Moins chargée en stress et en préoccupations concernant l’avenir. C’est pourquoi je lançai avec une légèreté calculée :

«  Beaux spécimens. Vous affectionnez les plantes rares, dans votre famille ? »

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MessageSujet: Re: Dysfunctional Family [ Wëlina ]   Jeu 1 Aoû 2013 - 14:16

Il comprend... Cette phrase dénote avec le ton professionnel qu'il adoptait depuis le début de notre entrevu. Et si jusqu'à maintenant, je ne voyais en lui que l'avocat, l'homme en costume sur de lui et de ses compétences, j'aperçois à présent l'homme qui se cache derrière. C'est furtif, passager, tellement rapide que je ne peux être sur. Est ce que l'histoire de l'héritière en deuil éveille en lui un écho ? Est les relations que j'entretenais soit disant avec mon père adoptif ? Je ne peux me livrer qu'à des hypothèses, faut de mieux. Mais il est certain qu'il titille ma curiosité.
Si je l'avais connu d'une autre manière, si je n'avais pas besoin de lui mentir, de me cacher sous ce visage angélique, souillé par la douleur, peut être aurions nous pu être ami, plutôt que de se contenter d'une relation client-avocat. Peut être... Là encore je ne peux que poser des suppositions. Le monde n'a pas tourné ainsi, et si je veux m'en tenir à mon rôle, il est hors de question qu'une autre relation soit possible. Griller sa couverture dès la première difficulté... Hors de question.
Ma réponse est un léger hochement de tête accompagné d'un léger sourire un peu vide d'une jeune femme trop tôt lancée dans le monde des adultes.
Qu'il comprenne ce qu'il veut... Moi je ne fais qu’interpréter. Moi je jubile de leur mort, et si je le pouvais, j'irai cracher sur leur tombe et leurs cadavres. Pour toutes ses années de souffrance, pour toutes ses années gâchées, passées à se cacher, à avoir peur, à craindre ses colères ou ses humeurs. J'avais déjà connu ça avec mon véritable père, et je m'en étais sortie grâce à Néo... Avant que, sans le savoir, il ne me propulse dans le même enfer. Si leur mort à été lente, elle a été bien trop rapide à mon goût. Seule, j'aurai aimer leur infliger mille et un tourment. Avec l'aide de la jungle, les souffrances que j'aurai pu leur infliger n'aurait souffert d'aucune limite sinon celle de mon imagination.

Quand à mon frère... Je ne lui ai pas vraiment mentit. J'ignore où il se trouve à l'heure actuelle. Depuis qu'il est passé à ma boutique il y a quelques temps, je ne l'ai plus revu. Et pourtant, j'avais l'espoir qu'il revienne de nouveau dans ma vie. Comme avant. Mais il a disparu tout aussi rapidement qu'il était revenu. Des excuses, un aveu, et il était déjà partit.
Stop... Je m’égare. J'aurai tout le temps nécessaire de sombrer dans la nostalgie et l'amertume lorsque je serais seule. Là... Ce n'est ni le lieu, ni le moment.

- J’essayerai. Je ne vous promet rien, mais j’essayerai. Un léger sourire. Nier que j'en suis capable serait un peu trop gros pour qu’il puisse l'avaler. Même en deuil je ne peux pas passer pour une incapable. Si je veux qu'il évite de trop mettre son nez dans mes affaires, je fais tout aussi bien de lui prouver que je suis capable de sortir deux ou trois bonnes cartes de ma manche.
J'écoute son avis d'une oreille attentive, même si mon regard se perd dans le jardin. Il était pratiquement à l'abandon quand je suis revenu. Quelques fleurs décoratives ici et là, deux arbres parfaitement taillé, une herbe coupé aux millimètres près...  Manie de l'Homme qui veut se prouver que la terre lui appartient. J'ai rapidement corrigé ce problème. Je les ai laissées se nourrir de mon don pour qu'elles puissent se livrer à tout leur caprice. J'ai fais fleurir les fleurs mortes, rendu aux arbres leurs panaches, faisant aussi poussé par si par là, des plantes que l'on trouvent au fond de la jungle. J'ai besoin qu'elles soient présentes. Besoin de les entendre chanter... Le monde pourrait bien s'écrouler que je m'en sortirai si elles restaient à mes côtés, et plus d'une fois, je me suis surprise à rêver du lien qui nous unissait lorsque mon imprudence à presque réussit à me mener à la mort. Quelques mois dans la jungle, passée à récupérer. Elles m'ont guérit, m'ont nourrit à travers mon don... Cette symbiose... était juste parfaite, jamais je ne m'étais sentie aussi complète.

L'élan qui parcourt mon corps entier à bien du mal à se contrôler lorsque je me retrouve si près d'elles. Il serait tellement facile de les laisser venir à moi. D'entourer mon bras, de les laisser me tirer du monde des mortels.... Mais non. Une fois encore je dois refouler, cacher ce que je suis parce que je suis un secret. - Je lui parlerai. Je le préviendrai de votre appel pour qu'il ne soit pas prit au... Dépourvu. Et surtout pour lui laisser le temps d'avaler le rôle qu'il a joué. Si il n'a jamais été présent pour moi et que je le déteste autant que mon père, lui aussi est obligé de se coller à ce rôle. Si il veut voir sa réputation et la mémoire de mon père adoptif préservé, il n'a d'autres choix que de s'y plier. - et je parlerai avec lui de tout ça. Effectivement ses conseils et son aide pourraient sans aucun doute mettre utiles...
Mais bien sur. Je n'ai rien à apprendre d'un con aussi prétentieux et imbu de sa personne... Enfin, il faut ce qu'il faut pour calmer les inquiétudes de mon avocat.

Et soudainement, la conversation prends un tout autre ton. Un ton des plus agréables et qui éloigne l'espace d'un instant, l'orpheline que je suis. Mon regard se repose vers le jardin qui semble durant un brève seconde s'agiter. Si l'évidence porterait à croire que le vent joue à travers les herbes, je sais que c'est mon dû... Et je sais aussi que j'ai tout intérêt à rester concentrer pour ne pas céder à mon don... ce serait tellement dommage de tout gâcher maintenant.
- Je plaide coupable, Maitre Uffingham. Cette affection est la mienne... Une... lubie qui me suit depuis l'enfance.
Une lubie... C'est tellement plus. Plus intense. Plus profond. Plus puissant. Je souris légèrement, reportant mes yeux vers les siens d'un bleu particulier. Qu'il a du en faire tourner des têtes. - et je dois avouer qu'elle me permet de me vider un peu la tête depuis leurs morts.

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MessageSujet: Re: Dysfunctional Family [ Wëlina ]   Ven 2 Aoû 2013 - 1:47

Elle essaiera. Très bien. Nous reviendrons donc plus tard sur la question de ce frère dont la présence simplifierait peut-être les choses et aiderait ma cliente à faire face à la paperasse monstrueuse qui l’attend et dont je compte bien lui permettre de s’affranchir autant que possible en tant que spécialiste de ces questions purement administratives pour certaines. Une partie de plaisir pas forcément des plus passionnantes, mais ça fait également partie du boulot, après tout. Tout se met en branle, et à mon grand étonnement et soulagement, la jeune fille se range à nouveau de mon côté en acceptant de faire part de son besoin à ce fameux ami dont elle craignait de gaspiller à la fois l’énergie et le temps. Elle semble docile, et c’est une bonne chose. Il n’y a rien de pire que de devoir tenir tête à ses propres clients, de se bagarrer pour la moindre prise de position, la moindre décision à prendre. Sa jeunesse et son inexpérience du domaine l’aident probablement à ne pas chercher à s’affranchir de mes recommandations, et c’est autant de jours et de semaines gagnés. J’envisage sereinement cette collaboration, après les doutes qui m’avaient pourtant mené jusqu’à sa porte. Mieux valait ça que l’inverse, remarquez.
Aux côtés de Wëlina, j’observe le jardin, et l’aura de la mort qui s’est abattue sur la demeure semble s’écarter temporairement. Je me surprends à respirer un peu, la cage thoracique dégagée, les épaules carrées et la respiration apaisée. Le café ne réussit pas à alimenter un stress et une nervosité qui m’auraient m’empêché d’apprécier cet instant. Au contraire. Elle me tire un sourire par sa réplique et je soutiens son regard, intéressé par l’évidente affection que la jeune femme porte à cette nature à la fois sauvage et disciplinée. J’ai l’impression de gratter un peu du vernis qui la recouvre, qui la protège elle et ce maintien parfait qu’elle arbore, là où je m’attendais à la voir s’effondrer. Mais jusqu’à quel point es-tu forte, petite fille ?


« Depuis l’enfance ? Eh bien. »

Cette discussion, sans but, ce bavardage futile annonce toujours à mes yeux la fin d’une entrevue. En douceur, sans rupture trop nette, permettant de procéder à un lent transfert du professionnel au retour à la vie privée. Ma main effleure son épaule avec sollicitude.

« Vous avez raison de continuer à vous ressourcer par le biais de votre passion. C’est ainsi que vous pourrez avancer l’esprit tranquille et plus fort de ce que vous avez traversé. Je ne suis pas sûr que beaucoup de jeunes femmes de votre âge auraient réagi de manière aussi mûre. Et je parle honnêtement. »

J’étais impressionné, oui. Au fond. Pas au point de le lui avouer ouvertement, mais sans le moindre doute à ce sujet dans tous les cas. Dans un dernier soupir, je me détournai de la végétation fascinante et conclus.

« Bon. Je crois que nous avons abordé les points principaux quant à ma venue chez vous. Faites ce que je vous ai dit et tentez de me trouver ces coordonnées. Je vous laisse ma carte, bien entendu. »

Machinalement, j’en sortis une de ma poche et la lui tendis entre mon index et mon majeur.

« Vous pouvez me joindre à tout moment sans la moindre hésitation. En cas d’absence, ma secrétaire prendra vos messages, et je ne manquerai pas de vous rappeler le plus vite possible. Surtout ne restez jamais devant une interrogation toute seule, je suis là pour ça. C’est d'accord ? »

Je ramassai mes papiers sans hâte, les ordonnant et les rangeant avec soin tout en poursuivant :

« Tant que je suis encore là, s’il vous reste des questions, quelques doutes que vous souhaitiez éclaircir… Je vous en prie. Il ne faut jamais être timide en matière de questions. On finit toujours par le regretter, sinon ! »

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Dysfunctional Family [ Wëlina ]

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